En
ce qui concerne les responsabilités des différentes espèces
fongiques impliquées dans les intoxications humaines, GRZYMALA,
de 1953 à 1962, a établi un classement en Pologne des champignons
les plus toxiques : Gyrnmirra esculenta (Persoon ex -Fries)
occupe la première place avec 138 cas, dont six mortels ; la
seconde revenant à Amanita phalloides (Vaillant ex Fries) Secrétan
. La comestibilité des gyromitres, autrefois admise, puis discutée,
est maintenant rejetée. En effet, de nombreux cas d'intoxications
graves, parfois mortelles, ont été observés. Parmi les empoisonnements
dus aux champignons supérieurs, ceux causés par G. esculenta
ont été bien étudiés et sont certainement les mieux connus et
compris. Les principes toxiques, les gyromitrines sont identifiés,
et la symptomatologie des intoxications a aussi permis de rapprocher
leur mode d'action de celui de la méthylhydrazine et de ses
dérivés, importants intermédiaires de l'industrie chimique.
L'espèce typique du syndrome gyromitrien est G. esculenta, de
noms vulgaires : gyromitre "comestible", fausse morille, mauricaude,
morillon, morille brune et de dénomination anglaise : false
morel, allemande : Frühjahrslorchel. C'est un Ascomycète vrai
à asques unitituniqués et operculés (Euascomycète), à hymènium
bien délimité (ordre des Pézizales) à spores guttulées muni
d'un stipe différencié (famille des Helvellacées).
On
le trouve en abondance dans les pays de l'Est : Allemagne, Pologne,
mais aussi en Europe de l'Ouest où il est cependant moins commun.
Il se rencontre en France au printemps, de la plaine à l'étage
montagnard, dans les forêts de conifères à sol siliceux. Il
est également présent en Amérique du Nord. La fréquence des
intoxications survenues au printemps permet, en dépit de symptômes
voisins, d'écarter l'éventualité d'un empoisonnement par A.
phalloïdes. G. esculenta peut être éventuellement confondu avec
des Morilles pareillement ochracées : Morchella crassipes (Krombholtz)
Boudier, M. rotunda (Persoon) Boudier et ses variétés, mais
il s'en différencie aisément car son chapeau irrégulier, cérébriforme,
est absolument dépourvu de côtes ou d'alvéoles. Quoique le nombre
de cas d'intoxications relatés soit faible ou inexistant, il
convient de rattacher au syndrome gyromitrien un certain nombre
d'espèces plus ou moins voisines taxinomiquement, et dont l'hypothèse
d'une consommation est vraisemblable. En effet, elles contiennent
certains composés chimiques toxiques : les gyromitrines. Cé
sont, dans la famille des helvellacées : G. gigas (Krombholtz)
Quelet, G. fastigiata (I~rombholtz), G. infula (Schaeffer ex
Persoon) Quelet, Helvella crispa Scoppola ex Frïes et H. lacunosa
Afzelius ex Fries. Cette liste n'est sans doute pas exhaustive,
en effet, le raffinement des méthodes de détection chromatographique
et l'avancement des connaissances en toxicologie tendraient
selon toute vraisemblance à la compléter. Bien que considérée
par le passé eomme un champignon comestible, l'espèce G. esculenta
a été tôt suspectée d'intoxications sévères, voire mortelles.
Dès 1793, PAULET fait le récit d'empoisonnements imputables
au gyromitre (= Morchella pleopus, "Morille du Loup") ensuite,
de nombreux cas d'intoxications ont été signalés . Malgré les
avertissements répétés concernant les dangers présentés par
la consommation de ce gyromitre "comestible", la probabilité
qu'il soit encore à l'origine d'empoisonnements n'est pas nulle
: 9 intoxications soignées en milieu hospitalier et une mortelle.
Les intoxications sont cependant moins fréquentes en France
qu'en Europe de l'Est où l'espèce est abondante, davantage consommée
et d'ailleurs commercialisée.