
par
Didier Michelot - copyright 1999-2000

L'intoxication
gyromitrienne : caractères distinctifs, symptomatologie clinique
et traitement
Au regard des circonstances même des intoxications, plusieurs
constatations d'ordre général peuvent être effectuées ; elles
singularisent le processus toxique vis- à-vis d'autres espèces
fongiques : les intoxications surviennent après consommation de
champignons crus ou insuffisamment cuits, l'intoxication est aggravée
lorsque l'eau de cuisson ou le liquide de conservation n'ont pas
été éliminés. - elles sont inconstantes, et ne se produisent parfois
qu'après des consommations répétées ou rapprochées, lors de repas
successifs et la sensibilité des personnes exposées est variable.
Il est possible d'en déduire les hypothèses suivantes, relatives
à la nature des principes toxiques et aux mécanismes de l'intoxication
: - les substances toxiques sont sensibles à la chaleur, volatiles
et solubles en milieu aqueux, elles peuvent s'accumuler dans l'eau
de cuisson ou le liquide de conservation, - certains individus
disposent de défenses métaboliques leur permettant de modifier
et d'éliminer la toxine et par là de parer à l'empoisonnement
; d'autres, au contraire, possèdent un métabolisme qui amplifie
un dérèglement physiologique habituellement de gravité moyenne.
Ce processus pourrait aussi être induit et accentué par des ingestions
répétées. Ces données seront développées et expliquées dans les
paragraphes suivants. La symptomatologie de l'intoxication par
G. esculenta peut aller de la simple indigestion au décès. La
gravité de l'intoxication dépend directement de la substance ingérée
(quantité absorbée, mode de consommation, vide infra), mais aussi
du sujet (âge, sexe, "terrain", et idiosyncrasie).
Le taux de mortalité est évalué à 10 % des sujets ayant présenté
les symptômes de cette intoxication. Cette intoxication doit être
placée, selon la classification traditionnellement utilisée, dans
celles à période d'incubation intermédiaire, par opposition aux
intoxications à incubation très longue, telles que celles produites
par les cortinaires. Les premiers signes apparaissent tardivement,
après un temps de latence de 5 à 12 h, voire 24 ou 53 h. Ils se
manifestent par une asthénie, des nausées, et parfois des céphalées.
Puis surviennent des vomissements, des douleurs abdominales et
parfois des diarrhées. Dans la plupart des cas, l'intoxication
se limite à cette phase gastro-intestinale et le sujet se rétablit
sans séquelles en 2 à 6 jours. En cas d'intoxication sévère, le
tableau clinique se complète de troubles neurologiques : agitation,
délire, coma et convulsions. Le bilan biologique révèle alors
une hépatite cytolytique qui peut s'accompagner d'une hémolyse,
en règle discrète. L'atteinte rénale, parfois signalée, semble
plutôt secondaire aux pertes digestives, l'hémolyse et à la rhabdomyolyse
produite par les convulsions, que liée un effet rénal direct.
Dans les cas graves, la cytolyse hépatique est massive et la mort
survient de 2 à 4 jours après la prise dans un tableau de coma
hépatique.
Le traitement est principalement symptomatique et doit être mis
en oeuvre en milieu hospitalier le plus rapidement possible :
rééquilibration hydroélectrique, apport glucosé, compensation
des déficits en facteur de la coagulation (et des pertes sanguines
en cas d'accident hémorragique ou d'hémolyse aiguë), administration
de benzodiazépines en cas de convulsions, ventilation assistée
si nécessaire, etc. La vitaminothérapie B est préconisée pour
traiter et prévenir les convulsions. En effet, la toxine entraîne
un déficit en acide Y-amino butyrique (GABA). L'efficacité du
traitement curatif (ou préventif) par la pyrixodine a déjà été
démontrée, c'est pourquoi cette thérapeutique est recommandée
en cas d' intoxication gyromitrienne (pyridoxine : 25 mg/kg, 1/3
en intramusculaire, 2/3 en perfusion i.v., à passer en 3 heures).
La survenue de convulsions doit faire également associer des benzodiazépines
(diazépam ou chlorazépam) à ce traitement. Les hydrazines inhibant
également la conversion enzymatique de l'acide folique en sa forme
active : l'acide folinique, certains auteurs proposent d'administrer
ce dernier à la dose de 20 à 200 mg/j