( Les premiers tests biologiques effectués sur le lapin et le
cobaye ont permis une première évaluation de la toxicité aiguë,
et été suivis par ceux où la gyromitrine a été administrée à
des groupes de lapins et de poulets et à des doses variant de
0 à 5 mg/kg par jour pendant 90 jours, ces expérimentations
ont permis d'évaluer la toxicité chronique. Les effets biologiques
les plus importants sur le lapin sont des atteintes tubulaires
rénales, alors que sur le poulet, plus sensible, ces altérations
concernent le muscle cardiaque et le parenchyme hépatique. Aucune
altération sanguine n'a été observée. Par introduction directe
des toxines dans l'estomac des souris, on observe que les MFH
et MMH sont beaucoup plus toxiques que les hydrazones correspondantes.
La mort survient dans un délai de 0,5 à 2,5 heures. A l' autopsie,
les foies sont jaunâtres et présentent une bordure sombre, leur
structure lobulaire est proéminente. Les reins sont décolorés
irrégulièrement et dans certains cas, présentent de grandes
zones sombres dues à une hémorragie corticale. Les observations
histopathologiques soulignent les nécroses de ces deux organes.
La gyromitrine administrée per os à des rats et des lapins produit
également une atteinte rénale.
La gyromitrine, ou son dérivé d'hydrolyse immédiat, la MFH,
ont été administrés en solution aqueuse à des rats à des doses
de 25 mg/kg et les urines collectées et analysées. La gyromitrine
augmente la diurèse et provoque une forte excrétion de sodium
(530 %) et de potassium (210 %). Cette augmentation dure à peu
près 12 heures. Elle est suivie d'une rétention de sodium pendant
près de 72 heures. Ces effets sont corrigés par une injection
équimolaire de pyridoxine. Par contre, la MFH est sans aucun
effet sur la fonction rénale. Compte tenu du caractère lipophile
plus accentué de la gyromitrine, ces différences peuvent s'expliquer
par une intervention au niveau du système nerveux central. Contrairement
à certaines autres toxines, telles que celles contenues dans
les cortinaires, les toxines de G. esculenta ne semblent pas
purement néphrotoxiques, mais plutôt hépatotoxiques. Les études
relatives à une action tumorigène, donc "à long terme", de l'hydrazine
et de ses dérivés ont été étendues aux composés hydraziniques
de G. esculenta. Alors que l'hydrazine et le sulfate de MMH
accroissent de façon significative l'apparition de tumeurs des
poumons chez la souris, la MMH affecte le développement de ces
néoplasmes en raccourcissant leurs temps de latence. L'administration
quotidienne d'une solution de MMH (à 0,01 %) à des hamsters,
ou de MFH à la souris et à des hamsters conduit à la formation
de tumeurs du foie, du caecum, de la vésicule et des canaux
biliaires. L'injection sous cutanée à des souris de doses uniques
de 100-150 µg/g d'animal produit une induction des tumeurs du
poumon, de l'oesophage, des glandes clitoriales et préputiales
; ce résultat est également retrouvé à la suite d'une série
de 12 injections répétées hebdomadaires de 50 µg/g de gyromitrine
ou par instillations intragastriques de 100 µg/g. L'ensemble
de ces résultats ont récemment entraîné le classement de la
gyromitrine parmi les composés chimiques naturels cancérigènes
et présents dans les produits alimentaires.