L'étude
de l'action de la gyromitrine, de la MFH et de la MMH sur des
organismes monocellulaires ont confirmé leurs propriétés toxiques,
voire cancérigènes ; de nouveau, on distinguera encore une action
"à court terme" : l'effet bactéricide, et une action "à long
terme" : l'action mutagène. La gyromitrine, par elle-même, n'a
pas d'effet bactéricide sur E. coli, alors que la MMH a un effet
très sensible (les doses efficaces sont de 20 µg sur boîte de
Petri et 3 µg/ml dans le milieu de culture) ; la MFH, précurseur
in vitro et in vivo de la MMH, ne semble présenter aucun effet
inhibiteur sur 1es croissances bactériennes. Alors que l'activité
mutagène sur S. typhimurium de diverses hydrazines mono- et
disubstituées a déjà été mise en évidence, des essais de mutations
réverses sur E. coli ont démontré que la MMH est active et non
la gyromitrine. Ces résultats ont été confirmés par le test
d'Ames : la MMH, même en l'absence d'activation par une fraction
microsomale hépatique, est mutagène pour Salmonella typhimurium
; la MFH et la gyromitrine n'exercent pas un pouvoir mutagène
significatif. En présence de bioactivation hépatique, le taux
de mutation induit par la MMH est doublé, voire quintuplé; cette
activation aussi observée pour la MFH résulte probablement d'une
hydrolyse in situ en MMH.
Action
toxique sur des
systèmes biochimiques cellulaires
Les
études de la gyromitrine et de ses dérivés ont été complétées
par celles de leur action sur certains systèmes métaboliques
tels que le Cytochrome P450, les monoamine-oxydases et les diamine-oxydases.
Après administration par voie orale de gyromitrine (200 mg/kg)
ou de MFH ( 150 rng/kg), soit 80 % de la DL50 à des rats, l'activité
du Cytochrome P450 est diminuée de moitié alors que la MMH ne
donne pas de résultats signifcatifs. Cette action inhibitrice
n'est nullement entravée par la pyridoxine (qui exerce surtout
son effet sur le système nerveux central . In vitro, cette perte
d'activité est accentuée par l'effet inducteur du phenobarbital.
Le dérivé acétylé de la MFH (Ac-MFH) ne possède pas d'action
hépatotoxique et n'exerce aucune influence sur la fonction rénale,
il apparaît donc que le blocage du groupement aminé libre préviendrait
l'oxydation en N-nitroso N-méthylformamide (NMFA) instable et
générateur d'azote moléculaire , d'acide formique et surtout
de catioa méthyle ; cette entité intermédiaire est un puissant
agent alcoylant et un puisssant agent mutagène. Lors d'essais
d' incorporation de H-thymidine et H-uridine dans des cellules
de mélanomes, les mêmes auteurs ont montré que la MFH est totalement
inactive, contrairement à la MMH. Compte tenu de la faible hydrolyse
produisant la MMH, il semble que la MFH, indépendamment de la
MMH, est activée in vivo en métabolites toxiques qui seraient
ultérieurement responsables de la cancérigénicité de ce produit
La MMH est capable de méthyler l'ADN du foie de rat, de même,
6 heures après administration par voie orale à des rats de H-gyromitrine
marquée sur le méthyle hydrazinique, on observe une radioactivité
préférentielle du foie (2 à 3 % de la radioactivité totale initiale)
avec un fort marquage de l'ADN. L'examen d'homogénéisats de
foie de rats intoxiqués à la gyromitrine révèle un déséquilibre
des synthèses de triglycérides, de phospholipides et de cholestérol
. En ce qui concerne les premiers symptômes de l'intoxication,
l'hypothèse de l' inhibition de la diamine oxydase intestinale
humaine a été avancée pour justifier les troubles gastro-intestinaux
observés.