II semble erroné de relier des étapes métaboliques à des perturbations
physiologiques car les métabolites actifs communément admis
ne sont pas nécessairement les causes directes de la toxicité
: des dérivés parents ou des métabolites secondaires peuvent
aussi bien réagir avec les membranes et récepteurs et ainsi
engendrer des espèces réactives méconnues. Ainsi, à la lumière
des connaissances actuelles, on ne pourra que soupçonner l'
implication de différents systèmes chimiques et biochimiques
dans le processus toxique et non présenter des théories bien
établies. Deux réactions principales caractéristiques des hydrazines
seraient impliquées successivement lors du processus toxique
in vitro et in vivo : la formation réversible d'hydrazones ou
d'hydrazides, - puis les réactions d'oxydo-réduction. Les transformations
in vivo peuvent correspondre à ces deux voies chimiques ; d'ailleurs,
on considère souvent que la transformation de la gyromitrine
Ia se fait en deux temps distincts : une phase stomacale où
s'opère l'hydrolyse, d'abord en MFH II, puis, plus lentement
en MMH llI, ensuite une phase hépatique ou la MMH (et peut-être
la MFH) est oxydée en dérivés toxiques et probablement cancérigènes.
Considérant la chimie des hydrazines, il faut signaler que la
condensation de celles-ci avec des dérivés carbonylés, aldéhydes
ou cétones, pour former des hydrazones, est une réaction rapide,
stoechiométrique et thermodynamiquement favorisée. Ainsi, la
condensation de la MFH (ou de la MMH) avec des dérivés de haut
poids moléculaire lors de la croissance du champignon est fortement
vraisemblable, elle expliquerait la persistance aprés séchage
de la MFH liée dans ces champignons sous forme de composés Ij,
confirmant ainsi leur toxicité résiduelle. L'hydrolyse de la
gyromitrine par voie non enzymatique est accomplie facilement
en milieu acide. Dans des conditions plus douces, in vitro,
à37°C et dans des conditions d'acidité comparables à celles
de l'estomac humain (PH 1 à 3), elle convertit en acétaldehyde
et en MFH ll, puis en acide formique et MMH III. A PII 2 et
in vitro, la moitié de la gyromitrine est dégradée en 122 heures,
in vivo, les résultats sont variables, et sont conditionnés
par l' acidité stomacale ; le taux de formation de MMH est plus
faible que in vitro, cette différence est vraisemblablement
liée aux multiples possibilités physiologiques de dégradation
de cette molécule in situ. L'hydrolyse de la gyromitrine n'est
pas complète ; en effet.: en plus de la MMH et de la MFH, il
reste une quantité notable de gyromitrine (75 %) dans le fluide
péritonéal de souris après traitement per os ou dans l'urine
de lapins traités par une dose unique de 75 mg/kg (66 %). La
gyromitrine a aussi été détectée par spectrographie infrarouge
et ultraviolette après autopsie dans les viscères d'un malade.
La toxine est alors excrétée ou fixée par l'organisme. Lors
d'administration par voie orale ou intraveineuse de C-gyromitrine
à des animaux, 89 % de la radioactivité initiale est excrétée
par la peau et les voies respiratoires sous forme de C-CO2.
La quantité fixée a marqué principalement le foie et les muscles
squelettiques, respectivement 2 % et 1,7 % de la radioactivité
initiale . Concernant la réactivité ultérieure des espèces chimiques
mises en cause, il a déjà été montré que les dérivés de l'hydrazine
possédant une fonction aminée libre peuvent former des hydrazones
avec un groupement carbonylé du pyridoxal et ainsi perturber
les systêmes enzymatiques qui utilisent ce cofacteur. C'est
une explication de certains troubles nerveux (convulsions) mentionnés
lors d'mtoxications par les hydrazines (et par G. esculenta).
Ils sont reliés à une diminution de la concentration du neurotransmetteur
inhibiteur : le GABA. Cette décroissance est due àl'inhibition
de l'acide glutamique décarboxylase, enzyme impliquée dans la
synthèse même du GABA et utilisant le phosphate de pyridoxal.
Cette hypothèse largement citée dans la littérature a cependant
été mise en doute, car la MMH induit des convulsions sans effet
sensible simultané sur la concentration en GABA dans le cerveau
; la 5-hydroxytryptophane-décarboxylase assurant la conversion
du 5-hydroxytryptophane en serotonine (inhibiteur de l'excitabilité
neuronale) utilise aussi le pyridoxal et est susceptible d'inhibition
par les hydrazines. La formation d'hydrazones avec les acides
a-cétoniques tels que l'acide pyruvique et l'acide ß-cétoglutarique
est un effet annexe envisageable. Une autre réaction spécifique
du groupement aminé libre réside dans la formation d'hydrazides
et en particulier d'acétyl-hydrazides. La capacité d'acétylation
et la nature des dérivés engendrés est de nature polymorphe
chez les organismes vivants, et en particulier chez l'homme,
il est convenu de distinguer des acétyleurs rapides et des acétyleurs
lents. Dans le cas des intoxications par G. esculenta ou par
la MFH, il a été montré que l'acétylation est une voie de détoxification
efficace (au contraire de l'acétylation de l'isoniazide qui
est une étape déterminante dans le processus d'hépatotoxicité
de ce composé. Ainsi, au sein d'une population d'individus exposés
à une intoxication par G. esculenta , ce caractère distinctif
du métabolisme peut expliquer le caractère idiosyncrasique :
insensibilité ou hyperréceptivité.Le deuxième type de réaction
chimique caractéristique des hydrazines peut rendre compte des
altérations spécifiquement hépatiques : cytolyse et processus
de cancérisation sur l'animal. Plusieurs travaux ont montré
que le monooxydase de mammifères ainsi que la triméthylamine-déshydrogénase
bactérienne à flavine, peuvent oxyder l'hydrazine pour former
des diazènes : et les radicaux alcoyles qui interviennent ont
pu être caractérisés par des "agents piègeants". Les espèces
réactives peuvent interagir, soit sur les groupements prosthétiques
des systèmes enzymatiques, tels que l'hème et le motif flavine,
soit sur des acides aminés du site actif, soit enfin sur des
molécules présentes pour piéger spontanément toute espèce réactive
et par conséquent ayant pour fmalité la protection de la macromolécule
fonctionnelle, telles que le glutathion. Dans les trois cas
envisagés, on assiste à la perte de l'activité biologique, et
plus tard à la destruction de l'organe, en l'occurrence le foie.