[Les métaux lourds] . [Les effets toxiques] . [Les syndromes redoutables] . [Gyromitra Esculenta]
 
 

[1] [2] [3] [4] [5] [6] [7] [8] [9] [10] [11] [12] [13] [14] [15] [16] [17] [18] [19] [20] [21] [22] [23] [24] [25] [26] [27] [28] [29][30]

22


par Didier Michelot - copyright 1999-2000

4. Le syndrome gyromitrien

4.3. Traitement, toxines et mode d'action

Les propriétés toxiques et plus particulièrement cancérigènes du MMH, du MFH (et donc de la gyromitrine et d'autres macromolécules qui les produisent par hydrolyse) ont été confirmées sur des organismes unicellulaires (Test d'Ames sur Salmonella typhimurium, [130,136] la mutagénicité des deux composés est de surcroît doublée, voire quintuplée, après activation hépatique [133]. De même, après administration per os de 3H gyromitrine sur le rat, le foie est marqué préférentiellement (2 à 3% de la radioactivité initiale), il a de même été démontré que l'ADN hépatique est méthylé par la MMH [75]. Les homogénénats de foie présentent des concentrations anormales de triglycérides, de phospholipides et de cholestérol [9].
Compte tenu de la structure chimique des substances toxiques et de leur réactivité, deux mécanismes d'action sont vraisemblablement impliqués au niveau moléculaire et rendent compte de l'action biologique in vivo et in vitro.


Deux étapes se distinguent, la première, gastrique, correspondrait à une lente hydrolyse de la gyromitrine en MFH, puis en MMH, la seconde, hépatique, réalise l'oxydation du MMH (et peut-être du MFH) en dérivés hautement toxiques, et probablement cancérigènes [85,102]. Les hydrazines se condensent aisément avec les composés carbonylés (aldéhydes et cétones), par conséquent la condensation du MFH (et du MMH) avec des molécules de haut poids moléculaire pourrait expliquer contrairement à certains propos péremptoires de mycophages, la persistance de ces substances toxiques liées dans des échantillons desséchés ou lyophilisés. En milieu stomacal (37°C, pH 1-3), la gyromitrine s'hydrolyse en acétaldéhyde et MFH, ce dernier engendre alors l'acide formique et le MMH, Ces réactions ne sont pas totales ; en effet, des quantités importantes de gyromitrine ont été détectées dans le liquide péritonéal de la souris (75% de la dose initiale) [135] et dans l'urine de lapins (66%) [113] ; elle a même été détectée post mortem par spectroscopie infra rouge et ultra violet dans les viscères d'une personne empoisonnée [38].

Les dérivés hydraziniques portant une fonction aminée libre se lient spontanément à la fonction carbonylée de la pyridoxine, perturbant ainsi les systèmes enzymatiques qui utilisent ce cofacteur ; expliquant ainsi les troubles neurologiques (convulsions) lors d'empoisonnements par les hydrazines (donc par G. esculenta). Cette action pourrait être attribuée à une diminution de la concentration en GABA, puissant neurotransmetteur inhibiteur. En effet, l'enzyme impliquée dans la synthèse du GABA, décarboxylase de l'acide glutamique, nécessite la présence du cofacteur. Cette hypothèse largement présentée dans la littérature est cependant contestée dans la mesure ou des convulsions induites par le MMH ne sont pas accompagnées systématiquement d'une baisse de la concentration en GABA dans le cerveau [74]. Une autre action inhibitrice serait alors opérée sur la 5-hydroxytryptophane décarboxylase qui produit la sérotonine (inhibiteur neuronal).

[1] [2] [3] [4] [5] [6] [7] [8] [9] [10] [11] [12] [13] [14] [15] [16] [17] [18] [19] [20] [21] [22] [23] [24] [25] [26] [27] [28] [29][30]

22