4.3.
Traitement, toxines et mode d'action
Les
propriétés toxiques et plus particulièrement cancérigènes du
MMH, du MFH (et donc de la gyromitrine et d'autres macromolécules
qui les produisent par hydrolyse) ont été confirmées sur des
organismes unicellulaires (Test d'Ames sur Salmonella typhimurium,
[130,136] la mutagénicité des deux composés est de surcroît
doublée, voire quintuplée, après activation hépatique [133].
De
même, après administration per os de 3H gyromitrine sur le rat,
le foie est marqué préférentiellement (2 à 3% de la radioactivité
initiale), il a de même été démontré que l'ADN hépatique est
méthylé par la MMH [75]. Les homogénénats de foie présentent
des concentrations anormales de triglycérides, de phospholipides
et de cholestérol [9].
Compte tenu de la structure chimique des substances toxiques
et de leur réactivité, deux mécanismes d'action sont vraisemblablement
impliqués au niveau moléculaire et rendent compte de l'action
biologique in vivo et in vitro.
Deux
étapes se distinguent, la première, gastrique, correspondrait
à une lente hydrolyse de la gyromitrine en MFH, puis en MMH,
la seconde, hépatique, réalise l'oxydation du MMH (et peut-être
du MFH) en dérivés hautement toxiques, et probablement cancérigènes
[85,102].
Les
hydrazines se condensent aisément avec les composés carbonylés
(aldéhydes et cétones), par conséquent la condensation du MFH
(et du MMH) avec des molécules de haut poids moléculaire pourrait
expliquer contrairement à certains propos péremptoires de mycophages,
la persistance de ces substances toxiques liées dans des échantillons
desséchés ou lyophilisés. En milieu stomacal (37°C, pH 1-3),
la gyromitrine s'hydrolyse en acétaldéhyde et MFH, ce dernier
engendre alors l'acide formique et le MMH, Ces réactions ne
sont pas totales ; en effet, des quantités importantes de gyromitrine
ont été détectées dans le liquide péritonéal de la souris (75%
de la dose initiale) [135] et dans l'urine de lapins (66%) [113]
; elle a même été détectée post mortem par spectroscopie infra
rouge et ultra violet dans les viscères d'une personne empoisonnée
[38].
Les
dérivés hydraziniques portant une fonction aminée libre se lient
spontanément à la fonction carbonylée de la pyridoxine, perturbant
ainsi les systèmes enzymatiques qui utilisent ce cofacteur ;
expliquant ainsi les troubles neurologiques (convulsions) lors
d'empoisonnements par les hydrazines (donc par G. esculenta).
Cette action pourrait être attribuée à une diminution de la
concentration en GABA, puissant neurotransmetteur inhibiteur.
En effet, l'enzyme impliquée dans la synthèse du GABA, décarboxylase
de l'acide glutamique, nécessite la présence du cofacteur. Cette
hypothèse largement présentée dans la littérature est cependant
contestée dans la mesure ou des convulsions induites par le
MMH ne sont pas accompagnées systématiquement d'une baisse de
la concentration en GABA dans le cerveau [74]. Une autre action
inhibitrice serait alors opérée sur la 5-hydroxytryptophane
décarboxylase qui produit la sérotonine (inhibiteur neuronal).