5.3.
Traitement, toxines et mode d'action
Il serait essentiellement orienté vers l'élimination de la toxine
du système circulatoire, que ce soit par hémoperfusion ou hémodialyse
par utilisation de membranes appropriées, même dans le cas ou
l'ingestion date de plusieurs jours [13,44,52,87,116,129]. Dans
les cas très sérieux, l'insuffisance rénale aiguë apparaît d'emblée
[33,63]. Il faut souligner que la diurèse forcée est à proscrire,
en effet, loin d'être une solution à la situation anurique,
un passage forcé par le système rénal ne peut que hâter et amplifier
le processus néphrotoxique dans la mesure ou il accentue l'accumulation
des toxines dans les reins (vide supra). L'originalité des empoisonnements
dus aux espèces du genre Cortinarius réside dans l'aspect plus
que secondaire de l'atteinte hépatique, et autorise une nette
distinction avec les autres intoxications causées par A. phalloides
[77,148] et G. esculenta. [81,83].
Pour
ce qui est des toxines ; déjà, en 1961, Grzymala obtenait une
substance brute, qu'il dénomma orellanine [41] et l'action in
vivo sur des souris était comparable à celle des champignons
concernés. Cependant Testa indiqua que ce n'était en réalité
qu'un mélange de trois composés principaux ; la grzymaline,
les benzonines a and b, et la cortinarine [125]. La première
identification chimique indiscutable a été accomplie par Antkowiak
et Gessner [4]. La structure du produit pur isolé est le N,
N' dioxyde de la 3,3',4,4'-tétrahydroxy-2,2'-bipyridine-I,l'-
[5], confirmée par la suite par synthèse chimique des mêmes
auteurs [3]. La préparation chimique, ainsi que celles d'analogues,
a été depuis améliorée par de nouvelles méthodes (voir [19,79,80].
Antkowiak et Gessner ont également isolé la toxine de C. speciosissimus
et signalèrent la sensibilité du produit vis à vis de la lumière
ou de la chaleur qui la transforme en orellinine et finalement
en orelline, non toxique [3]. L'orellanine fut de même détectée
chez C. speciosissimus, C. orellanoides Henry et C. rainierensis
Smith et Stuntz [57] ; C. brunneofulvus Fr., C. fluorescens
Horak, C. henrici Reum. membres de la section Orellanr (subgenus
Leprocybe Mos.) [2].
Les différentes méthodes présentées antérieurement en vue de
la détection de l'orellanine et de ses dérivés dans les espèces
fongiques, mais surtout dans les fluides biologiques sont ni
infaillibles ni sensibles [22,80], elles ont été néanmoins améliorées
récemment et pourraient constituer une méthode très utile au
double niveau du diagnostic et du suivi de l'épuration rénale
[94,112].
La quantité moyenne d'orellanine dans ces espèces est approximativement
2% du poids sec [99].
Trois autres composés de nature cyclopeptidique ont été isolés
et identifiés des espèces précitées, ce sont les cortinarines
A, B et C [14,123]. Cependant ces résultats, n'ont pas pu être
reproduits et font l'objet d'une forte polémique [60,73,124],
ce qui invalide les hypothèses concernant leur mode d'action,
liées à l'existence et à l'implication réelle de ces composés
dans le processus néphrotoxique [80]. Il est difficile actuellement
de conclure quant à l'identité exacte de ces dernières toxines
- contrairement au cas d'A phalloides, - des espèces chimiques
apparentées et inconnues pourraient jouer un rôle dans le mécanisme
néphrotoxique. En tout état de cause, quelles que soient les
structures impliquées, elles doivent être ajoutées à la liste
des substances néphrotoxiques [37,110,141].