Le
mode d'action des toxines des Cortinaires n'a pas été totalement
élucidé ; d'ailleurs quelques hypothèses - fragmentaires - ont
été proposées. La toxicologie de molécules proches, structurellement
et fonctionnellement, de l'orellanine des pyridines N-oxides
- et pouvant induire des problèmes néphrotoxiques n'a pas été
décrite antérieurement
Une des premières hypothèses s'est appuyée non pas sur une similarité
fonctionnelle, mais plutôt une analogie de structure - et de
propriété biologique - entre l'orellanine et les herbicides
Paraquat et Diquat [51,116]. Ces composés possèdent la sous-structure
bipyridyle et exercent une action toxique sur les mammifères,
principalement par une atteinte pulmonaire ; des symptômes d'insuffisance
rénale leur sont aussi attribués [122]. Leur action toxique
est généralement expliquée par des réactions de type redox -
à la fois in vivo et in vitro - aboutissant avec l'intervention
du NADPH ("Nicotinamide-Adenine Dinucleotide") à la
formation d'espèces libres peroxy et hydroperoxy, entités hautement
toxiques de par leur action sur les membranes lipidiques et
conduisant à la disparition quasitotale du NADPH dans la cellule.
La conjonction de ces deux effets peut expliquer sa destruction
[120]. Cependant le NADPH en milieu aqueux est incapable de
réduire l'orellanine [107]. Une hypothèse de photoactivation
a aussi été avancée, avec intervention d'une espèce isoxazolinium,
sur la base d'expérimentations sur la souris (avec la dose per
os énorme de 50 mg/kg !) [2]. La comparaison avec des doses
toxiques d'homologues de l'orellanine mettent en doute sa toxicité
intrinsèque mais plutôt celle, encore une fois, d'un métabolite,
ce qui confirme l'hypothèse d'une activation hépatique [109].
Actuellement, aucune explication au niveau moléculaire du mécanisme
toxique de l'orellanine et de ses métabolites, ne peut être
retenue de façon définitive, seules demeurent des hypothèses
issues de certains travaux solidement étayés par des données
expérimentales. L'orellanine doit ses propriétés néphrotoxiques
à la présence simultanée d'une fonction N-oxyde et d'un groupement
hydroxyle en position 3 ou 3' - le processus toxique implique
des réactions de complexation et/ou des étapes oxydoréductrices
(engendrant in situ des entités fortement cytotoxiques). Des
travaux récents par résonance paramagnétique électronique (RPE)
ont montré la formation, tant par voie chimique pure qu'in vitro,
la formation d'une espèce semiquinone et très vraisemblablement
d'espèces oxygène radical libre induisant au niveau de l'organe
cible, le rein, l'effet cytotoxique in situ [108].
Les mécanismes induisant une atteinte rénale sont nombreux et
complexes, dans la mesure ou ils résultent de la combinaison
de facteurs biochimiques et physiologiques ; cependant, compte
tenu des données expérimentales et cliniques relatives à ce
type d'intoxication, deux possibilités se présentent. La première
implique la biotransformation de la protoxine par la muqueuse
gastro-intestinale, comme cela a été démontré dans de nombreux
cas, mais plus probablement par le foie qui engendrerait un
prémétabolite suffisamment stable pour s'accumuler dans le rein
pendant la période de latence ou s'opérerait la potentialisation
toxique.